Les dessins de nos enfants : affichage, archivage ou…poubelle?

« C’est bientôt la fin de l’année et pas une fois mon fils n’a vu un de ses dessins affiché ! Ce n’est vraiment pas encourageant pour lui ! »

Vous soulevez là une question plus complexe qu’il n’y paraît parce qu’elle touche à la construction de l’estime de soi.

Il y a dans les classes divers moyens de montrer aux élèves ce qu’on pense de leur travail, certains ont le mérite de l’explicite : les notes, les appréciations dans les marges des cahiers, les félicitations ou critiques verbales ; d’autres, plus insidieux, peuvent à la longue occasionner des dégâts .

Arrêtons- nous un instant sur l’impact que peut avoir l’affichage dans une classe puis envisageons les attitudes que vous pouvez adopter  si votre enfant ne voit jamais ses œuvres sur les murs de sa classe

I. L’affichage dans les classes.

Dans les classes de l’enseignement primaire, l’affichage poursuit quatre fonctions qui n’impliquent pas les élèves de la même manière :

  1. Soutenir les apprentissages cognitifs et sociaux.
  2. Garder la mémoire de ce qu’on a vécu ensemble.
  3. Décorer la classe.
  4. Mettre en valeur ce qui est réussi

1.Soutenir les apprentissages cognitifs et sociaux.

 

A l’école élémentaire, les enseignants élaborent seuls ou avec leurs élèves des affiches présentant les conjugaisons, quelques règles d’orthographe, les tables de multiplication.

On les désigne sous le nom  de « panneaux référentiels » car ils offrent aux              élèves un support aux apprentissages.

On peut ranger dans cette catégorie des affiches achetées dans le commerce comme les cartes de géographie et la frise chronologique.

En maternelle, on trouve souvent les jours de la semaine, le tableau des prénoms et, en grande section, des lettres, des syllabes, quelques mots…

Dans la plupart des classes figure aussi le règlement, écrit des que les enfants savent lire, schématisé par des dessins et symboles auparavant.

Cet affichage n’a aucune incidence sur l’image que les enfants se font d’eux-mêmes et de leurs camarades.

2.Garder la mémoire de ce qu’on a vécu ensemble

En maternelle, une grande part de l’affichage dans les classes et les couloirs relève de cette fonction; il s’agit d’informer les parents de la vie de leur enfant, les plus jeunes ayant de la peine à verbaliser ce qu’ils ont fait dans la journée.

Ainsi on peut souvent voir des panneaux où sont collées des photocopies de couvertures d’albums lus en classe, des recettes de gâteaux ou autres plats, des dessins d’animaux effectués après une sortie au zoo…

En élémentaire, les panneaux référentiels se taillant la part du lion, il reste peu de place sur les murs pour ce type d’affichage. Et puis, les élèves étant capables d’expliquer à leurs parents ce qu’ils font en classe et disposant de nombreux cahiers ou classeurs, les maîtres privilégient les traces écrites individuelles.

On trouve quand même affichés :des comptes rendus de sorties illustrés par des photos ou des dessins, des textes écrits par des élèves, des travaux de géométrie.

Pour cet affichage, les élèves sont sollicités ; celui qui ne voit jamais son texte sur le mur peut mal le vivre.

3.Décorer la classe

La décoration des classes repose souvent sur des réalisations d’élèves. Bien des maîtres les accompagnent de reproductions d’œuvres d’art, heureuse initiative, car il n’est pas souhaitable d’enfermer les enfants dans leurs propres productions, forcément maladroites.

Reste la question du choix des dessins que l’on affiche.

En maternelle

  • Certains  enseignants affichent toutes les productions répondant à une même consigne ; cela évite la mise à l’écart, donne une image juste de ce que des enfants peuvent faire à un moment donné mais c’est vite envahissant.
  • D’autres font une sélection de quelques productions divergentes ce qui offre les mêmes avantages sans prendre autant de place.
  • D’autres enfin composent des panneaux collectifs avec des peintures d’enfant découpées, parfois retouchées. Le résultat, souvent satisfaisant, ne peut faire oublier l’intervention de l’adulte mais les enfants sont heureux de repérer leur dessin, même amendé,  mis en valeur par une réalisation collective.

L’école élémentaire

Elle  se montre moins inclusive sur ce plan et, souvent, s’opère une sélection avant l’affichage : l’enseignant choisit les travaux qu’il juge les plus agréables à regarder ou du moins ceux qui répondent le mieux à l’objectif de sa séance.

On rejoint ici la quatrième fonction de l’affichage dans une classe.

4.Mettre en valeur ce qui est réussi

On ne saurait reprocher à un  enseignant de refuser de placer sous les yeux de ses élèves un texte mal écrit par un de leurs camarades, un dessin cochonné par un élève brouillon mais ne retenir pour l’affichage que les travaux les plus réussis revient à mettre en avant toujours les productions des mêmes élèves et à créer chez d’autres déception voire découragement. Car les élèves ne s’y trompent pas ils savent bien que l’affichage s’appuie sur une évaluation.

Ce n’est pas cette dernière qui est gênante dans l’absolu, on doit recourir à des évaluations à l’école pour savoir où en sont les élèves et pour les aider à progresser mais ici c’est sa forme et l’objet sur lequel elle porte.

La forme : c’est une évaluation implicite et globale ; comme si l’on disait :« il y a des dessins dignes d’être affichés et d’autres non, un point c’est tout! »

L’objet : un enfant peut très bien comprendre qu’on n’affiche pas son texte parce qu’il a mal écrit car l’écriture manuscrite obéit à des règles. En revanche, il sera peiné de voir son dessin posé sur une table, encore plus si le maître le lui rend – il ou elle n’en veut pas ! – et si cela se renouvelle fréquemment.

Un enfant met souvent plus de lui dans un dessin que dans un texte, exercice scolaire par excellence. Il risque de penser qu’il n’est vraiment pas doué pour cela et renoncer à cette activité. On a des réactions analogues avec des enfants qui ont trop entendu dire qu’ils chantaient faux.

II.Quelle attitude adopter ?

1.En direction de l’école

Si vous vous rendez compte que votre enfant vit cette situation – ce n’est pas facile de le savoir car bien des enfants ont trop de pudeur pour évoquer cela  – parlez-en à son enseignant.

En maternellecela ne peut provenir que d’une négligence involontaire de la maîtresse qui construit son affichage en fonction d’objectifs pédagogiques sans faire attention à l’origine de ce qu’elle prend.

En élémentaire, c’est plus complexe.

  • Il peut s’agir d’une attitude délibérée de l’enseignant qui attache de l’importance aux arts plastiques et qui juge, sans doute avec raison parce qu’il connaît bien les capacités de ses élèves, que votre enfant ne fait pas assez d’efforts dans ce domaine : il utilise mal le matériel qui lui est confié, il froisse ses feuilles, colorie sans respecter les démarcations… Assurez-vous que votre enfant comprend les attentes du maître et invitez-le à s’y conformer davantage; il verra vite ses dessins affichés.
  • Il y a aussi de grandes chances pour que l’enseignant n’ait pas perçu l’impact de son attitude et qu’il rectifie vite le tir.

Dans tous les cas, vous êtes en droit d’attendre que l’enseignant valorise votre enfant soit en affichant ses productions plastiques,  soit d’une autre manière. Ajoutons que l’idée selon laquelle l’enseignant laisserait de côté des travaux plastiques ou d’une autre nature par rejet de leur auteur relève très largement du fantasme.

2.A la maison

Manifestez de l’intérêt pour les dessins de votre enfant, gardez-les, affichez-les chez vous – il vous suffira de peu de choses pour les mettre en valeur, un support coloré par exemple.

Mieux, si vous arrivez à dégager un peu de temps, faites des arts plastiques avec lui et surtout ne pensez pas que vous êtes nul(le) en la matière. Vous manquez d’idées ? On trouve dans le commerce un grand nombre d’ouvrages qui proposent des techniques très simples permettant d’obtenir des résultats gratifiants.

Attention toutefois à ne pas tomber dans le travers opposé ! Ne témoignez pas pour les productions de votre enfant une admiration excessive, l’amener à s’installer dans le rôle du futur l’artiste méconnu par des enseignants incultes ne lui rendrait pas service.

 

 

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